Une execution ordinaire

dimanche 25 août 2013
par  jackie
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Olga Ivanovna Atlina, médecin dans un hôpital vivait heureuse dans un petit appartement avec son mari scientifique. Lorsqu’elle est emmenée par le KGB, elle craint d’avoir été dénoncée par des voisins jaloux des ses orgasmes quotidiens et bruyants. En fait c’est Staline qui la réclame auprès de lui, pour ses talents de magnétiseuse, pour le soigner dans le plus grand secret. Lorsque Staline meurt, elle part retrouver son mari en poste comme ingénieur sur une base marine sur le cercle polaire, mari qu’elle avait dû quitter brutalement lorsque Staline avait fait appel à elle. 1957, Olga donne naissance à Pavel.

Fin des années 80, Vladimir Vladimirovitch Plotov est recruté par le KGB pour son ambition prometteuse et ses convictions de serviteur de l’Etat.

Anterograd, base navale, au bord de la mer de Barents, années 2000, la vie quotidienne de Pavel, professeur d’histoire, est marquée par la dépression profonde de sa femme, Ekaterina. Un homme vient lui proposer une forte somme d’argent, ainsi qu’un vaste appartement à Saint Petersbourg, en dédommagement. Il négocie, mais ne veut pas, ne peut pas quitter sa ville à cause de la maladie de sa femme. Son ami, Boris, qui a fait fortune dans la pêche, lui propose d’investir avec lui. Sa fille, Anna, travaillant pour la télé locale, est contactée par des journalistes étrangers qui souhaitent connaître la version vraie du naufrage de l’Oskar, survenu quelques années auparavant.

A Moscou, deux officiers très gradés discutent des luttes de pouvoirs entre le FSB et les oligarques enrichis grâce aux privatisations sous Boris Eltsine. Le très discret mais très tenace Plotov continue son inexorable ascension.

Anton, officier en second, et ami de Pavel, embarque avec Vania, jeune lieutenant et fils de Pavel, sur le sous-marin Oskar pour une mission de courte durée. Survient une explosion à l’avant du sous-marin, qui provoque son naufrage. A l’arrière 23 marins sont épargnés, dont Anton et Vania. Ils évaluent leurs chances de survie : arrivée des secours ? Trois d’entre eux, dont Vania tenteront une sortie. Les autres finiront carbonisés dans l’embrasement d’une cartouche d’oxygène.

Vladimir Vladimirovitch interrompt ses vacances. Il conçoit avec ses conseillers la thèse très officielle du naufrage de l’Oskar impliquant un sous-marain américain...


Commentaires

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mardi 27 août 2013 à 00h23 - par  jackie

L’auteur ne cherche pas à travestir les faits et les hommes, l’Oskar n’est autre que le Koursk et on n’a pas de mal à reconnaître l’inusable Poutine dans les agissements et comportements de Plotov.

L’auteur donne vie à des faits historiques - et à une réalité politique - au travers des mésaventures d’une famille dont les membres ont été mêlés par deux fois, bien malgré eux, à des événements ou hommes politiques majeurs. Cette façon d’entrer dans la Grande Histoire par des petites histoires humanise le récit. Marc Dugain choisit de "raconter la Russie" au travers de ce drame, le naufrage du Koursk. Pour cela il remonte jusqu’à Staline, et entre ces deux époques peu de choses, si ce n’est pour illustrer l’ascension de Plotov. On passe donc du début de l’aire soviétique, à l’aire post-soviétique. Sous Staline, les protagonistes, pourtant élevés dans l’échelle culturelle, sont assez peu critiques du pouvoir. En gros ils sont emportés par cet idéal communiste, et sont prêts à supporter quelques désagréments tels que la police politique. La désillusion est violente, quand, du jour au lendemain, Olga n’a pas d’autre choix que de briser son couple pour ne pas mettre en péril son mari lorsqu’elle est appelée au chevet du petit père du peuple.

Epoque post-soviétique : plus personne ne se fait d’illusion sur la grandeur de la Russie. Chacun tente de vivre comme il peut dans ce chaos, même si quelques uns croient encore dans la grandeur de la marine Russe. C’est tout de même la débandade : certains marins - qui ne reçoivent leurs soldes que très épisodiquement - revendent tout ce qu’ils peuvent de pièces détachées des sous-marins, les affairistes de tout poil, les mafieux rôdent, et puis les gens ordinaires se débattent dans des appartements étriqués, avec des problèmes d’eau, de chauffage, c’est la jungle.

Parallèlement on assiste à l’ascension irrésistible, d’un homme de l’ombre, Poutine : pur produit de l’ère soviétique, il en a connu la chute, la désintégration sous l’ère Eltsine (privatisation à tout va, enrichissement des oligarques, montée de la mafia), puis conceptualisé ce que pourrait être la nouvelle Russie.

L’auteur questionne au passage l’âme russe, sur la capacité de ce peuple à supporter tant d’horreurs et de souffrances.

J’ai été attirée par ce roman - non pas seulement parce que c’est Marc Dugain, que j’aime beaucoup, j’ai souvent eu l’occasion de le dire - parce que j’avais été très touchée par ce drame, le naufrage du Koursk, qu’on a tous vécu en direct, impuissants. Je ne m’attendais pas à être emmenée ainsi dans l’histoire russe. Il permet de mieux comprendre la Russie d’aujourd’hui, et surtout l’ascension de Poutine et son maintient au pouvoir. Maintenant chaque fois que j’entends parler de lui, son positionnement vis-à-vis des événements en Syrie, ou en Chine, par exemple, je comprends beaucoup mieux ses réactions.

J’ai beaucoup aimé les allers et retour la petite Histoire et la Grande, qui font écho aux plans resserrés et plans larges utilisés au cinéma. Je serais curieuse de voir le film. Le seul reproche que je ferais, est la fin un peu trop mélodramatique à mon goût, avec la découverte de la descendance laissée par Vania : ce roman n’avait pas besoin de cet ultime rebondissement.

En tout cas je le recommande à tous ceux qui cherchent à comprendre quelque chose à la Russie, vous y trouverez quelques éléments de réponse.