Le mec de la tombe d’a côté

samedi 2 mai 2015
par  sylvain
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Avec Örjan, cela n’avait pas été une grande histoire d’amour. Ni une grande histoire de sexe non plus, d’ailleurs. Mais cela avait été notre histoire, j’étais bien dedans, indépendante comme il me le fallait, et nous avions projeté un enfant, et puis il était mort.

A vélo, bêtement, si tant est qu’on puisse mourir autrement que bêtement. Et je me retrouvais à pleurer tous les jours devant un carré de marbre sur lequel deux dates marquaient les limites de ma vie de couple.

A côté de moi, je rencontrais fréquemment un homme de mon âge, qui entretenait la tombe probablement la plus kitsch de la région. Il ne manquait que des jeux de lumière pour renforcer le mauvais goût de la chose. 4 dates, probablement ses parents.

Pleurer côte à côte crée des liens, encore qu’il s’agissait pour lui plutôt d’un entretien tenant de la révision mécanique que d’un recueillement sur la tombe d’êtres aimée. Mais nous partagions un lieu d’émotion.

Encore qu’il était finalement assez beau garçon, sous ses habits de paysan endimanché. Et qu’il avait, par moment, l’oeil pétillant. Il vint me voir un jour sur mon lieu de travail, à la bibliothèque. C’était mon anniversaire, personne ne m’avait appelé. J’acceptais son invitation. Il était drôle, gentil, probablement tendre.

Mais accepter d’aimer un paysan qui élève 24 vaches et passe sa vie sur son tracteur, quand on est une citadine pragmatique, même si on s’appelle Désirée, c’est accepter des renoncements bien plus important qu’on ne pourrait l’imaginer.

Mais il faut dire qu’il avait des sacré arguments...


Commentaires

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mardi 29 septembre 2015 à 22h22 - par  sylvain

Un opus tout simple, mais bien construit, sur la difficulté de l’amour entre deux personnes de cultures similaires (issues du même pays), mais irréconciliables car basées sur des principes trop différents.

L’une est urbaine, l’autre est rural. Ils aiment l’humour, la gentillesse, la tendresse, l’attention à l’autre et se font des câlins d’enfer, mais une vie commune est trop difficile uniquement par le rapport à l’espace, au temps et aux obligations qu’ils portent en eux.

L’un, fermier, ne se voit pas s’éloigner plus de quelques heures de ses vaches, et ne conçoit pas réellement l’intérêt d’une pièce de théâtre, l’autre mange des céréales et boit du lait sans se demander comme cela arrive dans le magasin, et n’imagine pas vivre loin de l’agitation plus de une nuit.

Certes, tout cela semble avoir été dit mille fois, depuis le rat des villes et le rat des champs jusqu’aux livres sur la sociologie des dalles issus des catastrophes urbanistiques des années 70.

L’intérêt de l’opus est la tendresse envers les personnages, et l’équilibre qu’ils finissent par trouver entre eux.

J’ai tardé à faire le commentaire de ce livre car j’attendais d’avoir résumé et commenté L’éloge du carburateur pour la similitude des thèses de ces deux opus.

Ce qui rapproche nos deux héros, c’est finalement les valeurs qu’ils attribuent à leurs activités, le fait qu’ils s’engagent sur ce qu’ils font, et que cet engagement est une part de leur équilibre. Une fois rapproché par ce biais, la différence entre les activités s’estompe, elle devient presque le moyen d’un élargissement de la similitude.

On retrouve cette thématique dans le carburateur, l’auteur y basant la qualité d’une activité sur son contenu de réalité concrète, utile, pertinente.

Ça fait du bien à lire, en fait.

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