Les intermittences de la mort

samedi 17 août 2013
par  sylvain
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Il a quand même fallu plusieurs jours pour admettre que c’était franchement anormal, que personne ne meure, depuis le premier janvier. Collecter les informations provenant de plusieurs sources, les recouper, faire monter l’inquiétude dans la hiérarchie, tout cela pris plusieurs jours, Mais le fait était là, personne ne mourait plus. On vieillissait toujours, mais on ne mourait plus. Cela fit d’abord l’effet d’une grande joie, Sauf pour l’Eglise qui y perdait sa raison d’être. Notre pays était enfin récompensé comme il se devait, chez nous, la mort s’abstenait, Vite néanmoins, on s’aperçut des difficultés. Les hôpitaux et les maisons de retraites débordaient de grabataires non morts, car pouvait-on appeler encore vivants des personnes qui ne parlaient plus, qui n’entretenaient plus aucun contact avec le monde ?

Il fallut prendre des mesures courageuses : le gouvernement promulgua une loi obligeant les familles a s’occuper de leurs non-morts, et les pompes funèbres eurent l’exclusivité des enterrements d’animaux de compagnie, qui eux, mourraient toujours. Au bout de quelques mois, la maphia organisa des voyages à l’étranger pour les grabataires, car les décès retardés avaient lieu au moment même de passer la frontières. Puis, une lettre arriva dans des conditions mystérieuses chez le Directeur de la Télévision, indiquant que mort reprenait son service, que toutes les morts retardées auraient lieu dans un délai de 7 jours, puis qu’ensuite, tous recevraient 7 jours avant leur décès une lettre indiquant que le temps était venu. Ainsi fut fait, mourir redevint la normalité, chacun recevant sa lettre savait qu’il lui restait 7 jours pour mettre ses affaires en ordre, ou essayer tous les plaisirs qu’il s’était jusque là refusés. Une de ces lettres revient à son envoyeur, Cela n’était jamais arrivé, et depuis qu’elle était mort, mort n’avait jamais constaté la moindre difficulté à réaliser son ouvrage.

Dans le cas présent, on aurait dit qu’il était impossible que le vivant reçoive la notification. Mort se renseigna, il s’agissait d’un musicien, violoncelliste dans l’orchestre de la capitale. Alors, mort pris figure humaine pour rencontrer celui qui narguait son pouvoir. Et la musique fut la plus forte.


Commentaires

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dimanche 25 août 2013 à 23h26 - par  sylvain

l’inconvénient, c’est qu’il faut s’accrocher.

S’accrocher, car c’est foisonnant à n’en plus pouvoir, et qu’un début sur un sujet ne finit souvent que quelques pages plus loin, après des digressions sur tellement d’autres choses qu’on a l’impression d’avoir perdu le fil.

Mais au premier degré, c’est amusant. La mort est mise en scène comme un personnage très humain, qui expérimente de nouvelles pratiques sur la population d’un pays, ce qui déstabilise tout l’édifice social, sauf les mafias. La réaction de l’Eglise, qui annonce froidement perdre sa justification et son fond de commerce si la mort ne fait plus son office est un grand moment de lecture.

J’ai ensuite cherché plus avant ce que cet auteur, plutôt sérieux, voulait imager par cet opus. Bien sûr, par delà le côté comique, les inconvénients de la vie éternelle sont explicités, comme l’est à travers le musicien que la mort renonce à faire mourir, la permanence de l’artiste qui continue à vivre à travers son oeuvre. Mais je n’ai trouvé que ceci dans le livre, et j’ai trouvé cela un peu court.

Si vous y voyez autre chose, soyez sympa, dites le moi.

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