La fortune de Sila

dimanche 10 juillet 2011
par  sylvain
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Dans l’un des meilleurs restaurants de Paris, un homme, Mark, se lève et frappe Sila, le serveur, car il avait osé demander à son fils de se rasseoir. Ni Lev, ni Matt, ni Simon ne se lève pour intervenir.

Certes, Mark est un imbécile. Un imbécile riche, parce qu’il incarne le rêve américain. Faire de l’argent avec du vent, séduire une jolie femme, lui faire un enfant. Gagner, se battre, se reproduire.

Mais pourtant Lev est puissant. Un oligarque, la Russie à ses pied. Et la merveilleuse Elena, celle qu’il a séduite lorsqu’elle était étudiante et qui est restée fidèle à ses valeurs, Elena est en face de lui. Mais la vie est trop complexe, trop dure pour qu’un fait aussi insignifiant qu’un coup de poing sur un serveur puisse valoir autre chose que l’oubli.

Et Simon, jeune polytechnicien, encore plein des espoirs et naïvetés de la jeunesse n’a pas bougé presque par respect du lieu, mais aussi par incapacité de décider, de se projeter, de faire preuve d’une volonté. Matt, son ami, n’a pas bougé car il n’a pas bougé.

Tous ces protagonistes vieillissent, et ce renoncement n’était que le prélude de la suite de leur vie, le début d’une sarabande qui ne mène que vers un aboutissement de domination des forts, écrasant tous ceux qui se rebellent. Comme Sila.


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vendredi 15 juillet 2011 à 22h50 - par  sylvain

Il faut d’abord reconnaitre que c’est sacrément bien fait. Un style fluide, facile à lire, une intrigue peu marquée, mais qui donne envie de continuer la lecture, un titre accrocheur, juste ce qu’il faut, et des personnages d’un réel sidérant.

Certes, l’usage du vocabulaire n’est pas au niveau des fulgurances de Mme Nothomb, mais après les lectures de ces derniers mois, trouver un auteur dont la prose est un plaisir, par ses seules qualités, et qui en sus raconte une histoire intéressante, cela fait un bien fou.

Car l’histoire est intéressante : 5 hommes. Deux intellectuels, placés en situation de pouvoir. Chacun à leur manière, ils conquièrent. L’argent pour Simon, le pouvoir (et l’argent) pour Lev. 2 imbéciles, dont le début de vie est pitoyable. Et un autre, différent, car venu d’un ailleurs ou la seule réussite est la survie.

L’histoire amène les deux intellectuels à tout perdre, à commencer par leurs âmes, puis leurs âmes soeur, puis la vie pour l’un. Et les deux imbéciles finissent au summum de leurs réussite, par la séduction et la méchanceté pour l’un, l’appât du gain facile pour l’autre. Et Sila, lui est mort. De toute façon, ce n’est pas grave, Sila n’existait pas. La morale est simple : profitons, l’intellect ne sert pas, seul la force, finalement, a du sens.

A cette morale simple s’ajoute, pour les protagonistes, le rapport aux femmes. Les vainqueurs, en sus de la richesse, ont gardé des épouses. Et les vaincus, tout intelligents qu’ils soient, n’ont plus de relations d’amour. Ici aussi, la morale est simple : pour se reproduire, il faut être puissant. Aimer n’a pas de sens.

A partir de ces constants, on peut commencer à cogiter. c’est d’ailleurs le but de cet opus. Une illustration décapante de ce que nous présente, comme modèle, notre société. Des gagnants machistes et violents, uniquement attirés par le pouvoir et l’argent, qui mènent la danse. Et les autres, tous les autres, disparaissent ou ne sont rien.

Notons qu’on le savait avant cet opus. il me semble, avoir déjà lu de genre de critique, chez Balzac, Zola (les Rougons-Macquarts, notamment l’Argent, Nana, La curée, mais aussi pas mal des autres), et si on cherche encore un peu, Rousseau pour Sila et Marx pour la dénonciation que l’Homme est un loup pour l’Homme.

Et c’est un peu là que cet opus m’a déçu, en fait. certes M. Humbert écrit bien, certes il écrit pétri de bons sentiments, mais tudieu, il n’écrit rien de nouveau. Ni même rien de moderne. Car les femmes, bien souvent, ont amené d’autres modes de fonctionnement. Des cruautés différentes. Tant qu’à donner dans la critique sociale, on pourrait quand même demander une mise à jour des écrivains de siècles derniers, et pas seulement au niveau du vocabulaire.

Et par ailleurs, il est amusant de constater que M. Humbert se met en retrait du monde qu’il décrit. Les seuls pour lesquels il ait un peu de tendresse sont les anglais sortant d’Oxford, cultivés, fins, intelligents, mais aussi plein d’humour. Des gens comme lui, probablement. Elevés à la meilleure culture qui soit. Car dans ce livre, on est dans l’opposition entre l’ingénieur et le manoeuvre, sous l’oil narquois de l’intello. Un peu comme chez Madame Barbery.

D’autres l’ont fait avant ces auteurs, de dénoncer. Sartre, par exemple. Mais Sartre avait le courage de ses opinions, et se plaçait au centre de la réflexion. Comme acteur de sa pensée. Avec M. Humbert et Mme Barbery, il y a de façon indéniable une pensée, mais on a l’impression qu’elle se veut utilisée comme un produit. Pour faire de l’argent, avec des bons sentiments. Et non pour donner à penser, donner à voir. Dommage.

Ceci dit, lisez le, ça fait quand même du bien.

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