Les anges meurent de nos blessures

dimanche 19 janvier 2014
par  jackie
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Turambo est né dans un village algérien misérable, qu’un glissement de terrain a fait disparaître du jour au lendemain. Sans rien, il se retrouve à survivre avec sa mère, sa tante, sa cousine et son oncle dans des faubourgs misérables et violents. Il traîne de petits boulots en bagarres, employé par des patrons véreux, vicieux, mafieux. Attiré par la grande ville et les beaux quartiers de Sidi Bel Abès, où il tentera le métier de cireur de chaussures, il se fait tabasser par un policier sur accusation d’un enfant de colons.

A Oran, la vie est plus apaisée et plus douce mais, tout aussi dur de s’en sortir et de trouver un boulot. Il rencontre Gino, qui s’occupe de sa mère, qui est obèse au point de ne plus pouvoir bouger de son lit. Ils deviennent amis. Grâce à lui, il est embauché dans un garage. Enfin un boulot fixe et décemment payé ! Il en bave, il apprend le métier au bas de l’échelle, mais il en veut. Oui mais c’est sans compter sur sa susceptibilité à fleur de peau...un client blanc, furieux d’une tâche de cambouis sur les sièges immaculés de sa voiture se prend son direct du gauche, il est assommé. Turambo est viré sur le champ, retour à la case départ. Le lendemain il reçoit la visite d’un entraîneur de boxe, DeStephano, ébloui par son gauche la veille. Devant la réprobation de sa famille pour ce type de "sport", Tourambo décline l’invitation.

Nora, sa belle cousine, jeune fille en fleur, dont il est amoureux et qu’il pensait lui être promise, est donnée contre dot à un homme riche. Turambo est totalement désemparé. Quand il revoit sa cousine, quelques mois plus tard, elle refuse tout contact avec lui. Cette fois c’est décidé, il rejoint l’écurie de boxe de DeStephano.


Commentaires

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samedi 22 novembre 2014 à 11h35 - par  sylvain

Comme d’habitude avec M ; Khadra, c’est un magnifique opus.

Un livre sur la difficulté d’être pauvre, sur l’égalité homme-femmes, sur l’impossibilité de rencontre entre les mondes, sauf en quelques points singuliers qu’on appelle l’amour.

Dans sa quête d’adolescence, Turambo se brule le coeur d’abord sur sa cousine, qui accepte que sa vie soit celle d’une femme de harem, puis sur Aïcha, la prostituée qui lui joue la comédie de l’amour, comme elle la joue à tous ses clients, et qui préfère sa liberté de courtisane aux chaines d’un mariage qui ne lui laisse comme espoir que des grossesses et l’enfermement.

Et puis, la gloire du boxeur lui permet de rencontrer une femme de l’autre rive, blanche, divorcée. Libre, et fière de l’être, choisissant ses amours et ses amants. Et qui se donne à lui, attisant alors tellement de haine qu’elle en mourra.

Turambo n’a jamais renié sa tendresse d’enfant, mais il lui a fallu devenir l’antithèse, un boxeur, pour accéder à un monde qui lui permettre de vivre celle-ci. Un monde ou le bonheur, quand il n’est pas dans l’ordre des choses, n’est pas toléré, et donc pas durable.

Il me semble que cet opus dont l’histoire est placée dans l’Algérie des années 50 peut se transposer de nos jours, ici. Des pères brisés par ce qu’ils ont donné à l’industrie, travailleurs invisibles et corvéables à merci, des femmes qui n’ont comme devenir qu’un choix entre une tradition trop pesante, et un départ vers l’autre culture, et des garçons qui ne trouvent pas de place pour s’épanouir.

Cela rappelle les thèses très intéressantes de M. Todd sur les immigrés, mais raconté avec poésie.

Oui, c’est à lire.