Les deshérités

samedi 24 octobre 2015
par  sylvain
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La faillite de l’éducation nationale viendrait d’une orientation totale vers l’objectif de têtes bien faites, sans plus chercher à ce qu’elle soient bien pleines.

Et cela a commencé avec Descartes, qui, en érigeant le doute en vertu cardinale, se fît le chantre de l’inutilité de la transmission du savoir, seule valait la formation du jugement, car aucun savoir ne devait s’acquérir sans être d’abord validé par son propre doute.

Puis est venu Rousseau, dont le thème principal du bon sauvage n’est qu’une ode à l’absence de formation, remède à un savoir nous éloignant de la nature, plaidoyer pour un auto-apprentissage, une culture naturelle.

Enfin est arrivé Bourdieu et sa théorie du capital culturel, qui a démontré que la nature fondamentale de l’école était de s’appuyer sur les inégalités sociales pour les reproduire. Au point de rendre l’acte d’enseigner incompatible avec la fonction d’égalité sociale qu’on prête à l’École.

Cette déconstruction de l’Art d’enseigner tel que Platon ou Socrate le percevaient s’est imposé au point que l’une des plus prestigieuses de nos École a banni la culture générale de ses critères de sélection, acte dérisoire puisque sélectionner relève d’un jugement, et que celui des maîtres reste pétri de celle-ci.

Néanmoins, il faut se rendre à la réalité : l’École a abandonné son rôle de transmission d’un culture au profit de préparateur d’acteurs économiques à destination de l’exploitation par le Capital.

Mais un fait nouveau s’est fait jour dans le courant du XIXème : on a trouvé un enfant sauvage, qui avait vécu les 8 premières années de sa vie totalement seul. Et le résultat était à l’opposé des espérances des Rousseauistes : cet enfant était totalement un sauvage, et il fallut l’abnégation d’un médecin pendant plusieurs années pour le ramener à la simple capacité d’une vie sociale.

Car l’Homme se diffénrencie des animaux en cela qu’il lui est nécessaire d’acquérir des savoirs, une culture, pour réaliser ses potentialités. On y trouve même un grand plaisir, à la lecture des anciens, à l’apprentissage par cœur des textes fondateurs, des fables qui forment la capacité de dérision en même temps qu’elle forment la capacité de jugement.

C’est à cela que doit s’atteler l’école.


Commentaires

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samedi 24 octobre 2015 à 20h56 - par  sylvain

Il est bien difficile, n’étant qu’un "honnête homme" au sens de Montaigne, de me colleter avec la pensée d’un de nos plus brillants esprits, titulaire dès son plus jeune âge d’un des diplômes les plus prestigieux, celui de Sartre et autres penseurs qui ont marqué leurs époques. Mais, ma foi, s’il écrit, s’il partage ses savoirs et sa pensée, c’est quand même probablement qu’il accepte de devoir convaincre, donc qu’on puisse discuter son propos.

Alors je vais essayer.

Pour ce qui est de Descartes, il me semble que le propos est un total un contre sens. Descartes a effectivement écrit qu’il ne fallait que se fier à soi pour reconnaitre quelque chose comme vrai. Mais il n’a jamais dit que seule son expérience propre, à l’exclusion de tout échange avec d’autres fussent-ils des maîtres, était la source de la connaissance. Et il serait même assez imprudent de prêter ce propos à celui qui a fondé la démarche scientifique, c’est à dire la démarche permettant de s"assurer qu’un savoir est exact pour tout ceux qui l’ont analysé, dans un jeu d’hypothèses précises.

Cette démarche à fécondé les mathématiques, science de l’abstration par essence, jusqu’au mouvement des Bourbaki qui tenait pour faux tout ce qui ne pouvait être démontré. Certes, les mathématiques sont d’une autre trempe que la philosophie, car s’il est exact qu’elles peinent à expliquer ou préciser comment vivre en société, elle permettent au moins de vérifier l’exactitude des théories sociologiques dès lors qu’elles se comparent à la réalité des sociétés.

Pour Rousseau, je ne sais pas. J’ai un peu essayé Rousseau, et ce qu’il écrit m’a toujours paru tenir plus de l’élucubration que de la réflexion. L’auteur, ici, aurait d’ailleurs utilement pu noter que c’est la démarche de Descartes qui permet d’écarter, grâce à l’expérience de l’enfant sauvage, les digressions de Rousseau.

Pour ce qui est de Bourdieu, le propos est à tout le moins réducteur. L’analyse de Bourdieu conduit à s’interroger sur la forme de la transmission, pas sur sa nécessité. Et cette analyse est pertinente pour analyser les raisons de l’échec actuel de l’école en tant qu’ascenseur social. Certes, il y a eu des exagérations dans l’application de théories fumeuses sur la liberté à l’école, mais l’ouverture du recrutement des enseignants à toute la société est une nécessité. Dont les écoles parisiennes devraient d’ailleurs tirer parie en recrutant plus de provinciaux, à défaut d’agriculteurs.

Et les quelques digressions de l’auteur sur la transmission chez les animaux ne prouve qu’une chose, c’est qu’il a peut être suive des études de lettres, mais pas de science naturelles. Et qu’il serait bon qu’il s’intéresse aux chats, aux chiens.

Enfin, il y a le long passage sur l’importance de la culture classique.

C’est un passage amusant, d’un point de vue cartésien. Car le propos est ici l’exacte démonstration que Bourdieu à raison. La thèse de l’auteur est : je sais, donc sachez comme moi que je puisse vous juger. Pas une fois l’auteur ne cherche à se questionner sur les savoirs nécessaires aujourd’hui pour penser le monde, sur l’effroyable complexité des objets de notre quotidien qui en rendent non seulement la pratique parfois complexe, mais surtout l’effet social imprédictible. Sauf pour Asimov, peut être, dont on lira probablement les opus dans les facultés de philosophies dès que celles-ci auront saisi que nous sommes désormais au XXIème siècle (ce qui rend la pensée des auteurs classique toujours aussi belle, mais parfois décalée).

La question est ailleurs : quels sont les savoirs nécessaires, quels sont les savoirs utiles, quels sont les savoirs fondateurs. Ceux tirés des lettres classiques, temps ou l’honnête homme pouvait connaître la plus grande partie des savoirs théoriques de son époque, sans pouvoir rivaliser avec les Artisants, qui savaient les appliquer, sont encore utiles.

On aime, on déteste, on ambitionne aujourd’hui comme à Athènes, comme chez Racine ou Shakespeare. Mais il y a eu Zola, Djian, Despentes, le SIDA, la crise de 29, l’atome, les technologies sans fil. Une pièce en 5 actes avec unité de lieu n’a plus de sens, on prends l’avion, on communique par Twitter.

Et même s’il est vrai que tout cela est peu devant l’éternel humain, c’est quand même beaucoup pour d’une part penser le monde et les rapports entre êtres.

La philosophie d’aujourd’hui ne devrait pas pouvoir se passer d’une compétence technique, à minima d’une compréhension des faits techniques.

Et un auteur philosophe, tout fier qu’il puisse être de sa réussite classique, fleuron de la pensée de NAP, ne devrait pas se lancer dans un écrit à visée politiques en s’appuyant sur une pensée aussi dépassée.

J’espère qu’il ne sera jamais ministre.

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