En vieillissant les hommes pleurent

samedi 9 février 2013
par  sylvain
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9 Juillet 1961. Albert est ouvrier chez Michelin, comme tout le monde, au village. Mais tout change. Lui, sa guerre, par exemple, il n’a pas pu la montrer. Il faut dire que la ligne Maginot, ça n’impressionnait personne. Pour en parler, le terme est "ils sont rentrés comme dans du beurre".

C’est peut être vitre traiter des jours d’attente, de la résistance, puis des 5 ans de captivité, en Allemagne. Traité parfois pire que comme des chiens. Alors que là, tous attendent de voir Henri à la télévision, cette nouvelle chose que vient d’acheter Suzanne. Suzanne, tellement jolie, mais aussi tellement attaché à ce premier fils qu’elle en a oublié qu’elle était femme, et mère de Gilles, le deuxième fils. Sauf pour Paul, le facteur, bel homme, qui visiblement, arrive à communiquer avec elle.

Henri est ingénieur, c’est bien. Mais il est parti. En Algérie, pour la guerre, après être parti, car comment rester relié à un ouvrier quand on est à l’Ecole ? Gilles. Lui, il est dans ses livres, peut-être trop grands pour lui, mais qu’il dévore pour se relier à un passé qu’il n’a même pas connu, plus ancien que la Mémé, celle qui meurt tout doucement dans le fauteuil de la cuisine. Gilles, que j’ai confié à M. Antoine, le professeur à la retraite, pour qu’ils parlent des livres.

C’est le soir. La télévision est allumée. On y voit des gens, et même Henri, de là-bas, qui nous parlent sans nous voir. Quel est ce monde qui abolit les distances, et ou les femmes sont aimées d’autres hommes.


Commentaires

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lundi 18 février 2013 à 23h21 - par  sylvain

Je vous avoue avoir eu un peu de mal à me lancer dans un commentaire de cet opus.

Tout simplement car je ne savais pas bien ce que j’en avais pensé (si tant est que je pense).

D’un côté, l’histoire mille fois racontée de la difficulté à devenir un homme moderne, quand on est un enfant de la campagne. Difficulté que la rapidité des évolutions technologiques et sociales du milieu du XXème exacerbe. Entre la télévision et les désirs d’orgasme de sa femme, que signifient le cycle des saisons, l’attente de la germination des blés, et l’honneur qu’il peut y avoir à être un "honnête homme", au sens ou l’on est tout simplement un bon ouvrier.

Certes, cette difficulté est encore exacerbée par le fait que le premier né part fait une guerre que l’on pense, à l’époque, héroïque, alors que soi, on a vécu l’enfer de la capitulation et de la captivité, épreuves qu’il était de bon ton de taire.

Et c’est justement pour cela que le livre est quand même intéressant. Car cet "honnête homme" pose sur ce monde un regard plein de tendresse, y compris pour cette femme qu’il aime, mais qu’il ne sait pas regarder. Il devine que l’avenir est à la culture, que le temps des travailleurs est révolu, fussent-ils des travailleurs de l’intellect comme ce fils ingénieur qui est néanmoins parti faire la guerre, qu’il faut - car c’est maintenant possible - acquérir un savoir qui relie les temps entre eux, un savoir que seuls peuvent transmettre les livres, par ce qu’ils contiennent des émotions du passé, qui éclairent notre présent (oui, je peux encore en rajouter, mais ça va finir par faire lourd).

Mais ce monde n’est pas le sien, et finalement, le mieux qu’il puisse faire est d’offrir aux autres sa disparition.

Et cette façon de lire ce livre est intéressante : notre siècle a broyé une façon de vivre (on le savait), mais surtout, broyé les personnes qui étaient fières de la vivre.
Le retour à la terre des années 70/80, finalement, ne pourrait être qu’une redécouverte de ces valeurs.

Pour conclure : c’est bien écrit, ça ne révolutionne pas le genre opus rural, mais ça pourrait figurer dans les bons bouquins naturalistes au sens des Zola et Maupassant.

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