La flèche jaune

mercredi 16 février 2011
par  sylvain
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Andréï, dès son réveil, déjeune dans la voiture restaurant. Et le soleil à beau briller, ses rayons illuminent une nappe sale. Il faut dire qu’il a mal dormi, Andréï, réveillé par les ronflements de Piotr, mais être dans un compartiment couchette pour deux est beaucoup mieux que de se retrouver dans un compartiment de niveau 3, sans porte, ou dans une voiture avec uniquement des sièges.

Même si les occupants de ce type de voiture sont in-fine de braves gens. En tout cas, moins enclins aux chapardage que les manouches des voitures désaffectées, et moins profiteurs que ses voisins les plus retors, tous occupés à monter des opérations juteuses et illicites avec les voyageurs lointains des voitures dorées, là ou ils sont trois ou quatre par voiture, de l’autre côté de la frontière.

En fait, savoir ce qu’on fait dans ce train, avec tous ces autres, reste une question qu’on ne peut pas éluder. Et ne pas pouvoir y apporter de réponses, c’est considérer que se laisser emmener par ce ruban infini de voitures, lancées vers le pont détruit, est le seul avenir concevable. Enfin, tant qu’on y croit.


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mercredi 16 février 2011 à 22h11 - par  sylvain

L’histoire de la Russie, vécue de l’intérieur, sous une forme ciselée à l’absurde et à l’ironie, décapante comme du Reiser.

Je ne suis pas Russe, je ne suis jamais allé dans ce pays (dommage, d’ailleurs), mais on a à la lecture une impression d’exactitude si forte qu’on ressent le désespoir des habitants, leur découragement à ne pas comprendre ce qu’ils vivent, à ne pas accepter d’être spolié des rares richesses accumulées dans les années de communisme, mais à ses sentir totalement impuissant devant l’enrichissement de nouveaux puissants, vaguement envieux des autres, ceux qui ont eu la chance de naître du "bon" côté du mur.

Jeune, j’avais lu "Une journée d’Ivan Denisovitch", livre reconnu comme un des musts de la dénonciation de la Russie (URSS à l’époque). Mais M. Pelevine est mille fois plus efficace dans l’illustration du malaise Russe. Sans que cela n’enlève rien à la dénonciation que M. Soljenitsine fait, en toute connaissance, de cause du régime communiste.

D’un côté (Soljenitsine), on a juste l’histoire, au premier degré. Elle est horrible. De l’autre, on a une nouvelle ubuesque, mais qui dit tout. Qui l’illustre, qui l’enfonce dans la compréhension du lecteur. Qui le fait ressentir. Du vrai travail d’auteur.

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