La solitude des nombres premiers

samedi 6 mars 2010
par  sylvain
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Jeune, Alice est victime d’un grave accident de ski. Depuis, elle boite et est complexée par la cicatrice.

Mattia, lui, avait une jumelle. Handicapée mentale. Aussi, alors qu’il devait se rendre à un anniversaire, avec sa soeur, il laisse celle-ci dans un parc. Elle disparaît, et personne ne la retrouve.

L’un comme l’autre sont traumatisés par ces douleurs, et se replient chacun sur une sorte de vie intérieure. Les mathématiques pour Mattia, la photo pour Alice. Cette douleur les rapproche, et ils sont chacun, pour l’autre, le seul être humain tolérable.

Les années passent, leurs destins divergent, se recoupent. Mattia part étudier à l’étranger. Alice se marie, puis divorce et appelle Mattia au secours. Celui-ci accourt, mais ils ne peuvent que constater qu’ils sont différents. Adultes, mais différents.


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samedi 6 mars 2010 à 14h05 - par  sylvain

Bien sûr, il y a l’histoire de ces deux ados, déchirés par un mal de vivre qui les ronge. Anorexie pour l’une, quasi autisme pour l’autre. Avec tout ce qui accompagne ce type d’histoire, sommes toute très conventionnelle.

Mais il y a deux plus, ici. Et c’est ce qui fait la force de ce livre.

D’une part, la relation à la famille, dans les deux cas, est une sorte de filigrane, jamais clairement exposé, toujours suffisamment proche pour être l’explication réelle des troubles, puis des guérisons des protagonistes. Chez Alice, l’abandon de Fabio et le retour à une vie normale coïncide avec Alzheimer du père. La perte de mémoire de l’un implique comme l’oubli du traumatisme chez l’autre. Et chez Mattia, c’est l’acceptation d’un dialogue avec le père, probablement blessé par la disparition de sa fille, autour de la beauté d’une aube (symbole de la naissance des enfants ?) qui permet de renouer avec les autres. De les accepter.

Pour reprendre le symbole mathématique, on pourrait dire que les nombres premiers sont certes différents, mais ils restent des parts de la famille des nombres.

Et d’autres part, le mouvement centripète qui vient clore cette histoire. Alice et Mattia ont eu besoin l’un de l’autre, se sont appuyés l’un sur l’autre.

Mais leur guérison est surtout la possibilité de se constituer chacun comme un tout, indépendant, et de sortir de cette dépendance à l’autre.

Foin de Tristan et Isolde, qui vivent ou meurent ensemble. Ici, on grandit ensemble, mais on a ensuite la force de vivre seul.

La encore la transposition dans les mathématique est simple : on peut envisager les chiffres comme des parties d’un ensemble, dotés de caractéristiques et de propriétés propres, au sein de cet ensemble. Mais un nombre est aussi quelque chose de propre, une vérité en soi, qu’on peut toucher, comprendre, saisir sans penser aux autres.

Les mathématiques ont cela de superbes qu’elles permettent d’aller vers l’essence des choses, au moins au rythme ou nous, pauvres humains, sommes capables de les comprendre. Pour les nombres, comme pour la philosophie, on y réfléchit depuis les grecs (au moins), ce qui prouve bien que les points communs à ces deux réflexions doivent être légions. Même le sacré, avec sa vénération du 3 et son rejet du 666, a traité de la relation aux nombres.

Mais il fallait un sacré talent pour aller un peu plus loin, et imager cette relation entre mathématique et philosophie par une histoire aussi jolie et simple.

J’ai pris ce livre à la bib car il était conseillé par Thierry. Merci, Thierry, c’était effectivement superbe.

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