De chair et d’oubli

dimanche 29 novembre 2015
par  sylvain
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Une nouvelle affaire qui commence en découvrant un squelette, cadavre depuis plus de deux ans, ce n’est pas franchement la tasse de thé d’Axel Dran. Bien que commissaire, son passé de boxeur de haut niveau lui font préférer les affaires un peu glauques, quand on peut découvrir l’adversaire, le soupeser, l’analyser. Puis le frapper, de préférence pour un KO.

Mais quand on découvre une boucle d’oreille de très grande valeur dans cette sépulture, et que le nom de Clara Demange, fille d’un magnat local du BTP devient lié à l’affaire, là, on change de braquet. D’autant que Clara est boxeuse, aussi.

Et surtout, qu’elle est très très belle.

Et puis l’intérêt de ces enquêtes dans la bourgeoisie, c’est qu’on arrive souvent à des choses glauques, à des jeunes femmes qui se font dominer, ouvrir au point d’en garder des séquelles au plus profond de leur intimité. Et ça, Dran, il aime bien le combattre.

Des gens comme ça ne méritent pas de vivre.

NB : cet opus est écrit à 4 mains par Karine NIvet et Pascal Suhard


Commentaires

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dimanche 29 novembre 2015 à 19h14 - par  sylvain

C’est un bon polar qui a de plus un avantage réel sur beaucoup d’autres : l’histoire est (malheureusement) réaliste. Sans être directement ni indirectement reconnaissable, on a le sentiment dès les premières pages qu’elle s’appuie sur une réalité que nous (les justiciables) ne connaissons pas, sinon à travers les faits divers, mais que d’aucuns côtoient tous les jours, de l’intérieur.

On en arriverait presque, pour le côté sadique mis en scène dans l’opus, à se demander si ces pratiques reflètent des situations rencontrées dans la vie professionnelle des auteurs. La justesse du propos dans d’autres pages, comme celles présentant la misère culturelle dans laquelle certains enfants sont élevés, amène à penser que oui. Difficile d’imaginer qu’on donne à ces personnes des droits qu’on refuse aux migrants, pour la seule raison qu’ils sont nés à un endroit plutôt qu’à un autre.

Et puis, il y a une question que l’opus amène : comment deux magistrats peuvent-ils écrire un tel opus.

Car enfin, deux ou trois conclusions s’imposent à la lecture.

Tout d’abord, le personnage central est un policier pour lequel le juge ou le procureur sont des sujets lointains. Lointains et sans rapport avec la justice au sens premier. A un tel point que de son propre chef, il arrange l’enquête pour que la justice passe telle que lui l’entends, c’est à dire de façon juste.

Et par ailleurs, même si le méchant meure vers la fin de l’opus, on comprends en fait que d’autres tirent encore les ficelles au dessus de celui-ci. Que le père de Clara Demange est probablement beaucoup plus au courant des exactions de son beau-fils que celui-ci ne le pense. Peut être même qu’il en est l’instigateur, et que finalement, cette fille, à la manière des princesses des familles régnantes, n’était que le moyen de mettre la main sur un jeune homme doué et ambitieux, prêt à tout pour gagner de l’argent et assurer l’essor de la famille. Et si nécessaire, servir de fusible.

J’avais déjà remarqué dans ma vie professionnelle que le BTP flirtait parfois avec les méthodes du "milieu", l’affaire du Carlton de Lille l’avait illustré aussi, ce livre complète la démonstration.

Et dernier point, il la complète en précisant que la Justice, cette fois l’organisation sensée assurer le respect des Lois sur notre territoire, est totalement aveugle à ces errements de la société. Telle celle qui l’incarne, elle peut assurer la pesée des actes, mais sans voir la réalité, l’immoralité de situations qui broient des êtres pour le confort des puissants. Ici, c’est mis en scène par l’intervention d’un éclair, arme divine, donc morale, s’il en est, lors de la phase finale de l’intrigue.

Pour conclure, c’est un bon livre. Ecrit par des magistrats, c’est un polar qui sonne juste. Mais qui illustre aussi l’échec de la justice, le besoin que nous avons en tant que société de retrouver des repères spirituels et moraux. Et, partant, que des jeunes français puisse finalement prendre comme idéal de châtier notre société. C’est immonde, détestable, mais pas pire que de rentrer de force deux godemichets de 20 centimètres de diamètre dans les orifice d’une jolie jeune femme dont le seul tort est d’être belle, naïve et bête.

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