Les oreilles de Buster

dimanche 15 septembre 2013
par  sylvain
popularité : 34%

Eva vit avec Sven. Une vie très calme partagée entre ses rosiers, ses amies de jeunesse et Suzanne, sa fille, qui vient de divorcer, et dont les trois enfants vivent plus ou moins bien cette situation.

Sa petite fille Anna-Clara lui a offert un journal intime, aussi le soir, Eva se raconte comme elle n’a jamais osé le faire, accompagnée d’un verre de vin et portée par la douceur des nuits d’été. Elle revit cette jeunesse totalement gâchée par un mère tyrannique et égotiste, qui lui a rendu presque impossible l’accès à l’amour.

Elle revit aussi la façon dont elle a décidé de se sortir de cette situation, de devenir insensible et plus dure que la pierre, puis de rendre les coups.


Commentaires

Logo de sylvain
dimanche 15 septembre 2013 à 23h23 - par  sylvain

Tudieu quel plaisir.

Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas régalé à ce point à la lecture d’un opus inconnu.

Un ou une nouvelle auteur est toujours une inconnue, et on prends parfois un livre un peu à l’intuition, voire au hasard. Et ici, ce fût un moment de total plaisir.

On ne peux pourtant pas dire que l’histoire soit gaie : il s’agit d’une fillette tellement désespérée par le comportement de sa mère qu’elle décide de la tuer, puis la tue pour de vrai. Pour se libérer, comme en légitime défense. D’autres ont déjà écrit ce type d’ouvrage sur des enfances ratées, mais en général, cela donne des oeuvres larmoyantes et sans grâce (Les noces barbares, par exemple).

Ici, l’organisation du texte qui mêle habilement le présent et les souvenirs confiés au journal intime permet de mettre en relation ce que Eva a vécu et ce qu’elle semble être devenu. Et c’est vraiment très bien fait, la personnalité de la narratrice est comme mise à nue par ce montage. Certes pour visiter les replis les plus insondables des âmes humaines, mais aussi pour rappeler avec optimisme qu’on se sort de tout, finalement, y compris de la bêtise des autres, si on a la volonté de vivre chevillée au corps.

Et par ailleurs, ceci est supporté par une façon d’écrire légère, agréable, très bien traduite, ce qui fait que l’ensemble se dévore à grands coups d’oeil (ou de dents si vous lisez avec un dentier).

Une fois l’opus fermé et la fièvre de la lecture un peu retombée, tout en gardant bien présent le plaisir de cette découverte, on en vient quand même à se demander quelle est la vraisemblance d’un comportement aussi rationnel chez une enfant, qui conçoit quand même un piège diabolique pour humilier et punir l’un des amis de sa mère...

Et puis on ne peut s’empêcher de faire quelques rapprochements avec des auteurs de ces contrées froides, qui décrivent tous une certaine difficulté à vivre, des rapports humains complexes et durs, dont on ne peut se sortir qu’à coup de volonté... alors que ces pays ont globalement inventé les meilleurs systèmes de protection sociale européens. Regrets ?

En tout cas, je vais de ce pas lire les autres opus traduits de cette auteur.

Navigation

Articles de la rubrique