La promesse de l’aube

mardi 17 août 2010
par  jackie
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Romain Kacew est élevé par sa mère, Nina. L’histoire démarre à Wilno (Vilnius), ville polonaise en 1921, Romain a 6 ans.

Nina nourrit les plus hautes ambitions pour son fils : il deviendra un grand musicien, un grand auteur dramatique, officier de la légion d’honneur, ambassadeur…de France et il s’habillera à Londres. Elle le clame haut et fort à qui veut l’entendre, avec de grandes envolées lyriques empruntes à son passé de comédienne. Et puis la France. Ce pays de cocagne, des droits de l’homme, des Lumières, de la justice. C’est une certitude, l’avenir de son fils sera en France. Depuis son plus jeune âge, elle lui farcit la tête de rêves sur la grandeur de la France.

En attendant leur quotidien est assez misérable. Nina vit de petits boulots, jusqu’à ce qu’elle ait l’idée de fonder une maison de « haute couture de Paris ». Sa ruse fonctionne, le succès est là. Romain a 8 ans. Elle est comme ça Nina. Elle n’a aucune inhibition quand il s’agit de croire en ses rêves, elle les poursuit jusqu’au bout et même plus loin.

Puis Romain tombe gravement malade, la maison de couture périclite. Ils partent alors pour Varsovie. Puis atteignent la France : Nice. Romain a 13 ans. Les débuts sont difficiles à nouveau, mais à la force du poigné, elle parviendra à obtenir la gérance d’un petit hotel, qui leur confèrera une certaine stabilité financière.

Romain n’aura de cesse tout faire, de tout tenter pour se surpasser, pour épater sa mère. Elle qui place en lui une confiance absolue et toujours renouvelée, quelque soient ses échecs. Il s’essaie dans tous les domaines sportifs ou culturels, c’est finalement l’écriture qui l’anime.

Il obtient sa licence de droit à Paris où il parvient enfin à publier ses premiers textes dans une revue littéraire. En 1938 il est incorporé dans l’armée française. Il veut devenir pilote mais malgré ses mérites, il n’est pas nommé officier pour d’obscures raisons de l’Administration. Il n’osera le dire à sa mère pour mieux la préserver de l’idée qu’elle se fait de la France.

Puis la guerre éclate. 1939, période d’attente, insupportable. Romain brûle d’en découdre, puis de rejoindre Londres car il n’accepte pas la position des généraux Français. Il fera preuve d’un courage et d’une témérité extraordinaire, réchappant de plusieurs accidents d’avion. Il est convaincu d’être atteint d’une sorte immunité puisque c’est la volonté de sa mère qu’il devienne un héro.

Sa vie sera entièrement dédiée à réparer ces injustices : la carrière de commédienne ratée de sa mère et redresser le monde pour le faire coïncider avec les rêves naïfs de sa mère sur la France.


Portfolio

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Commentaires

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mardi 17 août 2010 à 23h35 - par  jackie

Ceci est une biographie de l’auteur, depuis ses 6 ans environ, jusqu’à la fin de la guerre. C’est-à-dire à peu près sa vie avec sa mère (morte en 1941).

Je ne résiste pas à l’envie de citer deux passages.

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin des ses jours. Après cela, à chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont que des condoléances »

« Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine ».

Tout est dit.

Quoiqu’il fasse, il est condamné à vivre sa vie par procuration. Au fil du texte, le « je » devient « nous » (sa mère et lui) quand il parle de son avenir, puis « tu » quand il sera devenu quelqu’un (ambassadeur, héros de guerre…). On a ici un exemple très emblématique, presque caricatural d’une telle relation mère-fils, mais finalement pas si rare.

En même temps elle lui aura transmis sa rage de vaincre, d’avancer coûte que coûte quelque soient les épreuves, l’adversité. Il a une incapacité congénitale à désespérer, à éprouver de la rancœur, tous ces sentiments négatifs qui vous pourrissent de l’intérieur et vous empêchent d’avancer.

Du « Gary », c’est dense, riche, chaque page ou presque comporte des réflexions philosophiques, des digressions. J’imagine que certains le trouvent indigeste. Mais voilà, c’est Gary, c’est tellement bien écrit.