La possibilité d’une île

samedi 29 août 2015
par  sylvain
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Daniel 1 : Comédien ne lui avait pas réellement réussi, mais il s’était assez vite rendu compte de la facilité qu’il avait à faire rire. Il était donc devenu amuseur public, pas fin, plutôt en dessous de la ceinture, mais efficace.

Cela lui avait permis d’être assez vite aisé, puis d’une richesse de bon aloi. Plus ce qu’il faisait était vulgaire, plus cela plaisait, encensé par la critique pour le deuxième degré, et par le public pour le premier. Efficace, même s’il regrettait de ne pas avoir plus de fond, d’en être réduit à aligner les calembours, la fiente de l’esprit, pour faire bouillir ses marmites.

Daniel 24 : j’avais bien sûr lu l’intégralité du livre de vie de Daniel 1. Plus nous avancions dans les générations, plus il devenait difficile de comprendre cette propension qu’il avait, comme ses contemporains, à chercher les contacts charnels, à l’usage immodéré de son sexe pour emplir sa vie.

Daniel 1 : Isabelle avait grossi, elle n’avait pas voulu m’imposer la vision de sa décadence, elle m’avait quitté. Elle avait emmené Fox, dont finalement elle était plus proche que moi, et elle était morte après que nous nous soyons revus quelques fois et fait l’amour encore plus rarement. C’est en fait Esther qui avait rempli ma vie à cette époque, Esther et son petit cul de jeune fille de 20 ans, que je partageais probablement avec beaucoup d’autres, mais qui, quand elle était avec moi, me semblait être la raison de toute énergie, le centre du monde utile, le pinacle de la vie. Elle était jeune, moi non, mais en elle, je le redevenais.

Daniel 25 : J’ai repris contact aussitôt arrivé avec les relations de Daniel 24. Marie était partie, elle n’avait pas laissé de message, sauf peut-être un poème. Je m’interrogeais sur le sens de ce départ, qui impliquait une mort définitive, sans retour. Esther 32, celle fois plus âgée que moi, me fit part de l’envie de certains de retrouver des relations, des rencontres, de se ré-approprier le corps et ses prérogatives.

Daniel 1 : Puis j’ai rencontré les Eholimites. Le délire du guru semblait insignifiant, mais ses acolytes, notamment Prof et Flic avaient l’énergie et l’intelligence de tout rendre possible. C’est quand le Guru était mort, et que son fils s’était fait passé pour le clone de son père, que les choses avaient changé, pour cette religion. Les legs de tous ceux qui voulaient atteindre l’immortalité affluaient, permettant de financer les recherches de Prof, qui étaient analysées par ses pairs, validées, ce qui amenait encore plus de legs. J’avais de la chance, étant là depuis le début, j’étais intégré au programme. Je pût donc mourir en toute tranquillité.

Daniel 25 : Moi aussi, cela m’intriguait, cet attrait pour le corps. Je décidais de faire une sortie, pas encore totalement persuadé qu’elle serait définitive. Je rencontrais quelques humains sauvages, ayant perdu depuis ces siècles toute trace d’intelligence, ils me considéraient comme une sorte de Dieu. Après plusieurs jours de marche, j’arrivais dans une immensité blanche, dont j’entamais la traversée. Au centre, le blanc avait une densité supérieure. C’était finalement le lieu de l’attente.


Commentaires

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dimanche 29 novembre 2015 à 20h31 - par  sylvain

Boudi, là c’est compliqué. Du grand Houellebecq.

J’ai d’ailleurs mis du temps avant d’arriver à digérer l’ensemble, et à être capable d’en restituer un petit quelque chose.

Le thème du devenir de l’humanité est probablement un obsession de M. Houellebecq, à la fois en tant que race et en tant qu’individu.

Ici, il tente visiblement d’esquisser une solution, une vision. Et c’est d’un pessimisme insoutenable. De humains transformés en sorte de plantes, dont l’immortalité se vit dans la solitude, à partir du récit des vies des précédents opus de soi-même.

Le titre évoque puissamment ce manque d’avenir : nous sommes tous la possibilité d’un île. On en comprends que peu deviendront de réels lieux de vie.

Je vous conseille d’essayer, et de continuer même si la lecture vous lasse. L’ensemble vaut l’effort

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