La dernière nuit du Raïs

lundi 26 octobre 2015
par  sylvain
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Syrte, une maison de maître à moitié démolie par les combats qui ont fait rage pendant plusieurs semaines.

Dans cette maison, le Guide Mouammar Kadhafi, le Raïs de la Lybie, celui par qui ce pays s’est élevé dans le concert des nations, passant d’étendue de désert habité par des nomades éleveurs de chèvres et occupés à se faire la guerre pour quelques cailloux, à fière nation tenant tête aux plus grands, invitée à planter sa tente dans les Jardins de la République, en France.

Il ne reste que quelques fidèles, qui sont restés plus par peur de se rendre et d’être passé par les armes que par réelle fidélité. Sauf quelques uns, les humbles, ceux pour qui j’ai porté ce message, ceux pour qui ma Voix me demandait de me battre sans relâche, tant contre les ennemis de l’extérieur que contre tous ceux de l’intérieur, tous ces profiteurs, cherchant à mon contact les avantages qu’ils pourraient grappiller pour eux même et pour leurs familles.

Ceux là, je les ai surveillé et les ai éliminés, profitant parfois de leurs femmes ou de leurs filles, car j’aime les caresses des femmes, et aucune que je désirais n’a pu se refuser.

Autour de moi, c’est le chaos. Avec peine, mes fidèles et mon fils ont réuni une trentaine de voitures pour tenter d’échapper à cette nasse, et reconstruire ma légende.

Mais dès le départ, ma Voix s’éteint, il me semble qu’on nous guide vers un piège, mais nous ne pouvons pas nous échapper. Je vois la voiture de mon fils exploser, je cours.

Il me reste juste assez de force pour entrer dans un vaste tuyau d’égout. C’est de là qu’il vont me déloger pour me lyncher.


Commentaires

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lundi 26 octobre 2015 à 13h19 - par  sylvain

Le style est toujours aussi agréable, ce qui fait de cet opus un bon moment de lecture.

On partage la folie de cet homme, totalement paranoïaque, qui se méfiait de tous pour s’accrocher à son pouvoir. C’est romancé, mais c’est intéressant, de vivre un moment d’histoire de l’intérieur du camp des perdants.

J’ai noté une certaine ambiguïté, dans le texte.

Certes, les foucades, incartades, délires et exagérations de Kadhafi sont énumérées sans concessions, mais il apparait aussi qu’il n’a pas forcément tout faux.

Qu’il a remplacé finalement bien pire, mais qu’il n’a pas su, pas forcément de sa faute, amener son peuple en une génération d’un peuple de nomades à un peuple ancré dans le XXème siècle. Mais au moins, qu’il a essayé. Qu’il a chercher à représenter un éternel Lybien, comme d’autres, plus près de nous, ont su représenter l’éternel Français ou "être un Berlinois".

L’image de fou sanguinaire de Mouammar Kadhafi est peut être, vu d’autres angles que l’Europe, un peu réductrice. Après tout, quelle est la vision qu’ont les autres peuples d’Europe de Napoléon Bonaparte ?