Impuretés

samedi 27 mars 2010
par  sylvain
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Evy a quatorze ans, et vit dans le luxe, sur la colline, entre son père, ancien auteur à succès, et sa mère, actrice un peu déchue, mais prête à recommencer une carrière.

Mais sans Lisa, sa sœur morte quelques mois plus tôt. Retrouvée noyée, dans le lac, sans qu’on ne puisse réellement expliquer ce qui s’est passé.

Et visiblement, une mère obligée de coucher avec le producteur pour décrocher LE rôle, une sœur morte qui couchait avec pas mal de gens, dont le dealer et les pères de ses copines, pour se payer les moyens d’oublier, un père déchu de sa gloire, c’est lourd à porter. Même avec des grands-parents qui essayent, malheureusement par tous les moyens, d’être sympathiques.

Heureusement, il y a Andréas, le copain, Michèle, qui ne suce pas très bien mais qui est gentille, et Anaïs, qui est grosse, moche et conne, mais qui finalement est la seule à avoir les pieds sur terre. Surtout en fumant des joints, dans la cabane dans les arbres, le seul lieu de stabilité de cet univers.

Et Gaby. Le symbole de la pureté. Enfin pour Evy.

Gaby, qui supporte Evy car il est gentil, qu’il lui rappelle Lisa, son ex-amante, et qu’il lèche bien, probablement car Lisa le lui avait appris. Mais Gaby, qui part avec le père de Evy, et qui finit par mourir en baisant dans la voiture du dealer, emmenée par un torrent de boue.

Ce qui permet à Evy et ses copains de récupérer la réserve du dealer, d’ailleurs, ce qui fait au moins un an de came, sans avoir à se forcer...


Commentaires

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dimanche 28 mars 2010 à 14h59 - par  sylvain

Dans Ardoise, P. Djian indique qu’il a beaucoup appris de J.D. Salinger, et notamment de L’attrape cœur.

Visiblement, dans cet opus, P. Djian cherche à rendre hommage à cet auteur et à ce livre. Normal, c’est un chef-d’œuvre.

L’attrape cœur relate la difficulté à se construire sans modèle, dans le monde ou les rapports sociaux n’existent plus vraiment.

Impureté relate cette même difficulté, dans le monde moderne, ou les rapports sociaux sont encore plus dégradés.

Evy, comme tous les adolescent, a besoin de rêve et d’absolu. Il est entouré d’un monde du paraître, sans plus aucune morale.

Sa mère couche pour obtenir un rôle, son père est un ex-junkie, pas tout à fait remis de ses drogues, et qui a perdu toute envie de faire son réel métier : écrire. Au point, pour le père, de demander conseil à une jeune fille de 18 ans, mélangeant aveu d’impuissance et procédé de séduction.

Les grands-parents, qui auraient pu jouer un rôle stabilisateurs sont perdus dans les relations à leurs enfants et à cet entourage, qu’ils tentent de régenter, sans réussite.

Evy incarne donc son rêve dans Gaby, substitut de grande sœur (dans l’attrape cœur, c’est une petite sœur qui tient ce rôle), mais au prix d’une grande cécité. Car Gaby est par essence impure, aussi perdue qu’Evy, mais tellement plus efficace grâce à son corps pour trouver les clés des paradis artificiels.

Il ne reste in fine plus rien à Evy, plus de rapports sociaux possibles, plus de contacts humains, mais seulement la coexistence plus ou moins pacifique avec quelques autres enfants, aussi terrorisés que lui, sur un ilôt artificiel, sorte de matrice entre ciel et terre, rappel qu’un jour, avant, il y avait eu une famille.

L’attrape cœur m’avait semblé finir sur une note d’optimisme, au moins pour le héros. Impureté est réellement pessimiste. Certes, Evy vivra, mais à côté. A côté de son monde, à côté de lui, sans réelle relation sociale.

Ce livre est probablement l’un des plus fort que j’ai lu de P. Djian. Un résumé de ses peurs, de son angoisse du monde tel qu’il devient. Et qui déshumanise jusqu’au sexe, perçu comme un instrument plus que comme un plaisir d’échange.

C’est grand. c’est à lire.