Les particules élémentaires

dimanche 13 septembre 2009
par  sylvain
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Bruno et Michel sont demi-frères. Jeanine, leur mère, les a placés pour continuer à vivre sa vie, profiter de sa jeunesse, s’étourdir avec les premiers hippys, oublier les ans dans les bras d’hommes jeunes ou moins jeunes, dans une frénésie de plaisir.

Bruno était à l’internat. Enfant au physique ingrat, il est violé, humilié. Sa sexualité s’en ressent, il ne pense qu’à baiser, mais seules les putes l’acceptent. Il devient enseignant, mais la vue de ces petites chattes en pleine éclosion est trop forte : il déprime.

Michel est élevé par sa grand-mère. Il est brillant à l’école, toujours premier en tout, et fréquente comme amie la plus belle fille de la ville : Annabelle. Sa grand-mère meurt, il ne supporte pas cette nouvelle séparation, et s’enferme dans une vie intérieure, purement intellectuelle. Annabelle ne le supporte pas, et le quitte.

20 ans après, Bruno et Michel se fréquentent encore. Bruno a stabilisé sa vie pendant quelques temps avec Christiane, qui considère finalement le sexe comme un passe temps, mais qui aime réellement Bruno. De santé fragile, elle décède, et Bruno s’en veux. Il re-déprime et s’enferme dans un hôpital psychiatrique, seul lieu ou il peut oublier ses désirs et ce qui les contrarient. Michel a revue Annabelle, qui ne s’est jamais vraiment attachée à un autre homme que Michel. Celui-ci lui fait un enfant, mais Annabelle souffre d’un cancer de l’utérus, et elle décède rapidement.

Michel était chercheur en biologie. Il démissionne de son laboratoire, pour se lancer dans une ultime recherche, la création d’un ADN qui ne perde pas d’information lors de la méiose. Cette découverte, à laquelle Michel ne souhaite pas survivre, marque l’avènement d’un homme nouveau.


Commentaires

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dimanche 20 septembre 2009 à 20h50 - par  sylvain

Dans cet opus, le style participe totalement du message que l’auteur veut passer.

Dans la première partie, les particules Bruno et Michel sont présentées, analysées, décortiquées comme pourraient l’être des virus sous un microscope.

Le style associé est alors froid, précis, analytique. L’écriture est le support de l’idée : Michel et Bruno sont lancés dans la vie par une série d’évènements, comme peuvent l’être des neutrons dans un accélérateur de particules.

Puis vient l’expérience, la vie de ces personnages. L’auteur se permet alors un peu plus de vie dans le récit, plus de chaleur.On commente, on juge. On donne presque des avis. De clinique, le style devient plus vivant. Mais pour un temps.

Et la fin, narrée par un personnage externe, redevient un récit. Un mélange entre le récit de ces vies, et le récit de leurs impacts sur l’humanité : aucun pour Bruno, total pour Michel, puisqu’il aurait fait disparaître l’homme.

Géant, je vous dit.

J’espère que vous l’avez déjà acheté pour le lire.

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lundi 14 septembre 2009 à 21h51 - par  sylvain

, et aussi ici.

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lundi 14 septembre 2009 à 21h46 - par  sylvain

La mère : bourgeoise fadasse et profiteuse, bien dans son siècle.

Les pères, insignifiants, justes bon à gagner de l’argent. Déni de réussite et d’ascension sociale. Changement de modèle social, finalement. Les seuls mâles qui comptent sont les brutes qui ont violé Bruno, et ceux qui baisent la mère. Le reste n’existe pas.

Les femmes : outre la mère, il y a la grand-mère, éternelle bonne fée, née et vivant pour servir. Les tantes, lointaines. Les putes, disponibles pour ce qu’on attends d’elle. Christiane, la vraie femme, celle qui aime. Et Annabelle, la mère, qui n’aura jamais eu d’enfant, et qui en meure métaphoriquement.

Les religions : décodés comme par un entomologiste, les religions et autres sectes sont réduites à leurs composants les plus simples : une représentation du monde, une morale et des rites sociaux. La représentation du monde n’a plus de sens depuis l’avènement de la science, qui met tout le monde d’accord. Les rites se retrouvent dans toutes les activités humaines, depuis le labo (le pot du départ, par exemple) jusqu’aux sectes ou même aux lieux de débauches ou on "se fait prendre en rafale". Et la morale n’a plus de sens, puisque chaque être est roi.

Et la société, avec ses hauts et se bas, ses renoncements de corps social, imparfaite, mais dans laquelle on se noie, parce qu’en toute fin, c’est elle qui vous façonne. Seuls quelques êtres, comme Michel à la fin de sa vie, peuvent échapper à la pression de la société. Bruno n’y surnage même pas, il est le fétu que le courant emmène, sans qu’il n’y puisse rien.

Mais, métaphoriquement, la société aussi peut mourir. Comme sont morts les empires grecs, romains, chrétiens, comme sont mortes les grandes idées...

Et cet enchevêtrement d’idées, d’histoires, de concepts est, il faut le dire, un délice.

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lundi 14 septembre 2009 à 21h27 - par  sylvain

C’est l’énergie qui se transforme en matière qui fait des particules symétriques (enfin, dès fois).

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dimanche 13 septembre 2009 à 22h44 - par  sylvain

J’avais lu ce livre il y a quelques années, mais je n’avais gardé en mémoire que le synopsis, l’opposition entre Bruno et Michel, leur rapport au sexe, à l’amour, à la tendresse.

J’avais raté (ou oublié) la plus grande partie de ce livre.

Par où commencer ? compliqué, à tout le moins, de dire et d’écrire tout ce qui fait que cet opus est une merveille.

Il me faudra probablement plusieurs posts, y revenir, sans même pouvoir espérer avoir fait le tour de l’oeuvre.

L’histoire, d’abord. Simple au premier abord. 2 enfants abandonnés, qui se créent un rapport au monde basé sur ce qu’ils vivent : pour Michel une tendresse de grand-mère, qui disparaît d’un coup, trop tôt. pour Bruno, la dure réalité des internats, quand on n’est pas un mâle alpha.

Puis l’intervention symétrique des femmes : Annabelle, lumineuse et convoitée, que Michel rate complètement. Par incapacité à aller vers l’autre, enfermé qu’il est dans un cerveau trop développé, et dans une angoisse de tout espoir dans une relation. Et qu’il retrouve, lorsqu’il est trop tard, parce que la vie, c’est quand ça passe, pas après. Les putes, pour Bruno, qui ne sais pas qu’il pourrait séduire. Il lui faudra Christiane, désabusée mais pleine de tendresse à donner pour reprendre suffisamment confiance en lui, et accepter enfin une relation amoureuse. Mais la confiance n’est pas suffisante pour pouvoir outrepasser les difficultés, et Christiane disparaît.

La conclusion est aussi symétrique : l’un s’enferme en hôpital psychiatrique, terrorisé à l’idée de sortir et d’affronter le monde. L’autre, dans un effort intellectuel intense, modifie durablement le monde.

Deux trajectoires, lancées dans la vie sans le support d’un amour maternel, et qui restent symétrique pendant toute la durée de leurs vies. Symétriques comme peuvent l’être des particules élémentaires, crées à l’occasion de la transformation de matière en énergie.

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