Je viens de tuer ma femme

mardi 24 septembre 2013
par  sylvain
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Je viens de tuer ma femme. Mais je n’ai pas de timbres pour les faire-parts. Et puis, se livrer à la gendarmerie, tout de suite, c’est gênant. Personne ne profitera de ce crime.

Je vais en parler aux Derangon, qu’ils puissent ensuite faire les malins à la télé, raconter qu’ils connaissaient le monstre. Voire même vendre leurs souvenirs, pour la télé ou un film. Mais il rit. Alors je l’ai tué aussi, ainsi que sa femme. Et je suis rentré chez moi, dérouté. On ne me prenait pas au sérieux, comme meurtrier.

Pour que Sylvie ne sente pas, je l’ai mise dans le congélateur. Il faut dire qu’elle me l’avait demandé, ce congélateur. Le plus grand, le plus beau, le plus cher aussi. Alors, maintenant, elle en profite pleinement. Ca la laisse de glace, mais moi, ça me fait rire.

Mais il faut que je trouve une solution, aussi. Raymond devrait avoir une idée, je suis allé lui demander. Surprise, non seulement il a une idée, mais en plus, lui aussi. Tuée, découpée, enterrée dans le jardin, avec amour, de la fenêtre du haut, ça fait comme sa silhouette, à sa femme, quand on sait. Mais personne ne sait. Alors Raymond vient m’aider.

Mais les mains et la scie de Raymond sur le corps de Sylvie, ça me fait drôle. Alors j’ai tué Raymond, et je l’ai découpé. Et enterré. Il tient compagnie à sa femme, maintenant.

Je l’ai raconté à Sylvie. Elle pourrait être fière de moi, pour une fois, j’ai tué pour elle. Mais ça l’a laissée froide, tant pis pour elle, c’est pour ça que je l’ai tuée, elle était toujours en train de râler. Ceci dit, les jours sans Sylvie, ça finit par être long...


Commentaires

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mardi 24 septembre 2013 à 23h38 - par  sylvain

Et bien voilà un opus bien amusant.

La situation est baroque, et les scènes s’enchainent avec une logique implacable, mais décalée, sans qu’on ne sache trop là ou ça part.

Et cette histoire de mec mal dans son couple et sa vie est servie par un style jubilatoire, qui entraine à la lecture sans qu’on s’en rende compte. On ouvre, on commence, et on s’arrête quand on a fini, avec plaisir.

Donc, à lire, par pur plaisir pour passer un bon moment.
Quand on sait en sus que l’auteur est par ailleurs artiste peintre et compositeur, on ne peut qu’être impressionné : chapeau bas.

Je me permet juste un commentaire : j’ai lu en quelques semaines cet opus, et un autre très similaire d’une jeune auteur du Nord "Les cadavres en fleur". Certes les les histoires sont éloignées l’une de l’autre, les styles n’ont rien à voir.

Mais reste que le fond est le même : quelqu’un déçoit, on l’élimine. Le bonheur par le vide.

D’aucun disent que les artistes montrent ce que sera l’évolution de la société. Si c’est vrai, cela fait froid dans le dos, bien que ces deux opus soient de très bons moments de lecture.

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