La grâce des brigands

dimanche 3 août 2014
par  sylvain
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On ne peut pas dire que la jeunesse de Maria Cristina ait été une partie de plaisir, d’abord parce que Lapérouse, bourgade du grand nord canadien perdu dans les brumes la moitié du temps, était tout sauf un lien d’amusement. Et surtout parce que sa mère, bigote intégriste s’intéressait plus au salut de l’âme de ses filles qu’à leur santé ou leur bien être, quitte à leur attacher les mains dans le dos pour ne pas qu’elles se masturbent ou leur tenir des propos sur le danger des ouvriers Chinois présents dans la région, et qui ne s’étaient même pas convertis au vrai dieu. Peut être aussi parce que son père, Liam, n’arrivait pas à tenir tête à sa femme alors que sa carrure lui aurait permis de le faire, et sa douceur aurait du le lui imposer.

Aussi, quand Maria Cristina reçut l’acceptation de sa bourse d’étude à l’UCLA, et que son père eût béni ce voyage que sa mère et sa sœur réprouvait, l’une parce que cela allait exposer sa fille aux tentations du démon, l’autre parce qu’elle, depuis son accident, n’aurait jamais une telle occasion, et qu’il lui faudrait coucher ensuite avec tous les gars du village puis partir avec un guru pour se débarrasser de sa mère, mais c’est une autre histoire.

Le choc de l’arrivée fut à la hauteur de l’espérance : total. Heureusement, il fallut pour se loger trouver une collocation, et Joanne devint une sorte de mére-copine, qui lui trouva de plus un travail de secrétaire personnelle chez Claramunt, l’auteur dont elle rêvait depuis qu’elle savait lire. Bien sûr, elle en fût vite éperdument amoureuse, puis éperdument sa maitresse.

Alors elle écrivit, mais ne sachant ce que cela valait, elle le fit lire à Claramunt, et elle fût publiée, elle put alors être la maitresse de quelques autres, hommes et femmes, parce que séduire est un plaisir identique à écrire.

Puis il y eut ce jour ou sa mère l’appela, pour dire qu’il fallait venir chercher Peeleete, l’enfant de sa sœur. Retour vers un passé qu’elle avait effacé, une ville qu’elle croyait disparue. Mais Peeleete était là, présent, et c’est lui qui se fit emmener.

C’est probablement cette présence qui a amené Maria Cristina a se marier avec Garland, finalement, et puis aussi la découverte que Claramunt était une personne réelle, vivant plus dans le souvenir et le regret de sa réussite qu’à y travailler.

Mais la Californie n’est pas une terre facile.


Commentaires

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mercredi 6 août 2014 à 17h57 - par  sylvain

J’ai du aller relire mes anciens commentaires et ceux de Jackie que les autres opus de Mme Ovaldé avant de me lancer dans celui-ci, de peur de trop me redire, ou alors d’écrire n’importe quoi.

Mais il me faut confirmer une nouvelle fois à quel point cette auteur dispose d’un petit quelque chose de plus. Car d’une histoire simple, une pauvre fille qui se fait plus ou moins rouler par un homme plus vieux qu’elle admire, jusqu’à ce qu’elle murisse (via l’arrivée d’un petit garçon) suffisamment pour ne plus se voir uniquement dans les yeux des autres, mais plutôt de voir les autres dans ses propres yeux, qui meure pour que cela finisse sans qu’il ne reste à conter, Mme Ovaldé nous fait une caresse.

Encore une fois, il y a des formes de phrases qui mêlent les rythmes usuels (points et majuscules) dans un usage très personnel, et des usages de mots dans des contextes surprenants, mais complètement limpides.

C’est bon.

Et puis il y a le principe de la narration par une voix externe, qui alterne entre distance et partage, sans que l’on ne sache jamais vraiment qui est cette voix (Joanne, sa soeur ?), qui donne comme un distance à l’histoire, une vision d’avion d’un déroulé de paysage.

C’est très bon.

Pour tout dire, lisez le.