Comme un empire dans un empire

jeudi 5 novembre 2020
par  sylvain
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Lui, c’est Antoine. Il est assistant parlementaire, mais il se questionne sur cet engagement politique. Sur l’engagement de son député, sur ce boulot d’écriture, pour un autre, de discours ou de courriers qui passent, sans faire d’autres effets que de flatter l’égo de son employeur en lui permettant de briller à une tribune.

Alors, il décide d’écrire, pour lui, sur la guerre d’Espagne. Parce qu’il sait qu’il faut qu’il montre ce dont il est capable, comme il a toujours du le faire pour accéder à cet emploi en venant d’une famille provinciale modeste. Ne pas naitre avec une cuillère en argent dans la bouche, on le traine toute sa vie.

Elle, c’est L. L est hackeuse, parce qu’elle s’est réfugiée dans le dedans des ordinateurs quand elle était petite, et qu’elle souhaite y rester. C’est moins complexe, il n’y a pas de préjugés, on n’y est ce qu’on sait faire, pas ce que notre corps ou notre ascendance nous condamne à être. Et qu’on peut aider des personnes moins favorisées, car c’est un lieu ou on peut battre la violence physique. En faisant peur à un bourreau, par exemple.

Le compagnon de L est arrêté, après qu’il se soit un peu trop approché des ordinateurs d’une société de gardiennage. A divers faits, L craint pour son existence, et s’en ouvre à Antoine par hasard. Celui-ci l’emmène dans une communauté, en province.

Un lieu ou le corps est nécessaire.


Commentaires

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dimanche 31 janvier 2021 à 18h35 - par  sylvain

Cela fait plus de deux mois que j’ai lu cet opus, et je le laissais infuser dans ce qui me sert de cerveau, pour en tirer toute la moelle.

Parce qu’il me semble qu’on ne peut pas lire un opus de Mme Zeniter comme on prendrait un polar (grâce leur soit rendue, ce sont aussi d’excellents livres), en passant ou pour meubler quelques heures de train, de farniente...

Ici, il y a un fond illustré par une histoire. On lit partout qu’il s’agit d’un livre sur l’engagement, puisque les deux protagonistes de l’opus sont des écorchés qui ne se réalisent que dans l’aide qu’ils apportent à d’autres.

Je ne suis absolument pas d’accord.

Il s’agit d’un opus dans l’exacte continuité de "l’Art de perdre", sur la difficulté à s’intégrer, à être "au niveau" de ceux qui sont nés du bon côté de la richesse, ceux qui ont reçu la culture et le mode d’emploi du monde en biberon dès leur plus jeune âge.

Un livre qui dit qu’être doté des mêmes diplômes ou des mêmes compétences ne suffit pas, qu’il manque les références, et qu’on peut néanmoins se refaire une estime de soi à travers l’aide concrète aux autres.

Et plutôt que de raconter cela au travers de la n-ième histoire d’un beur ou d’un black cassé par la dureté de sa vie, c’est raconté au travers d’un mâle blanc qui a tout pour réussir, sauf qu’il vient d’une famille de province profonde, et qu’il ne se sent jamais au bon endroit, ni à l’aise, et que, même s’il a acquis la culture à travers sa fréquentation des bancs de l’école, il lui manque ce petit plus qui fait que son député, lui, est à l’aise.

Et en contrepoint d’une jeune femme que l’on sent potentiellement brillante, mais dont il faut aller chercher profond l’éclat pour le découvrir.

C’est un livre qui nous dit que notre société est en cours d’explosion, entre les "200 familles", ou plus simplement les "Parisiens/urbain intra-muros", qui se reproduisent entre eux, et un ensemble d’autres groupes. Qui nous dit que la distance entre ruralité et urbanité est la même qu’entre blanc et beurs. Mais ui nous dit aussi la valeur de ces gens, et l’urgence qu’il y a à les remettre au centre du jeu.

On lit partout que l’ascenseur social français est cassé, à l’instar de ceux des barres d’immeubles des banlieues. Et bien Mme Zeniter l’illustre, et nous rappelle que c’est général, et que cela explique probablement beaucoup, dont le ressenti par rapport à nos élites.

Je vous l’avoue sans fard ni barguiner : j’apprécie les opus de Mme Zeniter. Dans 50 ans, on la lira pour illustrer le siècle comme on lit Balzac ou Zola pour leurs époques.

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